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Les enfants… La famille ressources
Depuis quelques mois, je partage un cabinet à Nîmes avec une collègue, psychologue et Gestaltiste. Un mercredi, mon jour de présence au cabinet, nous échangeons des nouvelles autour d’un café, lorsqu’elle me propose de fait une offre inattendue, à savoir : serais-je intéressée par une clientèle enfants ? Et si oui, peut-elle renvoyer vers moi les demandes qu’elle reçoit ? Cette proposition me ravit, et le travail qui s’amorce par la suite a véritablement transformé non seulement ma façon d’accompagner les enfants, mais aussi les adultes en thérapie individuelle. Depuis ce mercredi, mon travail a pris une direction inattendue. Lorsque ma collègue m’a invitée à accompagner les enfants, j’étais loin d’imaginer que mon cabinet réunirait régulièrement la famille entière. Le ou les parents, la famille, qui m’amènent leur enfant se sentent souvent très démunis, inquiets et désemparés ; il n’est pas rare qu’ils soient habités par un sentiment de culpabilité autour du « mauvais parent qu’ils sont » qu’ils croient être bien-sûr. Lorsque j’invite les membres de la famille à partager leurs ressources et compétences, lorsque je leur fais savoir que j’ai besoin d’eux, qu’ils sont importants, et capables, et qu’ils répondent favorablement à mon invitation, c’est le moment où les forces du système sont mobilisées et se mettent au travail. L’enfant, en acceptant d’entamer un processus thérapeutique, prend le risque d’être déloyal envers ses parents ou tout au moins l’un des parents, en jonglant pour maintenir la cohésion du système familial. Car cette cohésion est vitale pour lui, c’est un véritable enjeu et c’est précisément à cet endroit qu’il a besoin du thérapeute. C’est en répondant dans un premier temps à ce besoin essentiel, que nous créerons l’environnement rassurant à l’intérieur duquel nous tisserons les liens de confiance et d’alliance favorables à notre cheminement thérapeutique. Maintenir l’homéostasie familiale dont l’enfant a besoin implique d’une part, de le rassurer sur le fait que le thérapeute n’a pas de projets pour lui ou sa famille et qu’il tiendra compte de chaque membre de la famille, même s’il n’est pas physiquement présent. La famille reste l’endroit des ressources, nous avons besoin d’elle pour accompagner un enfant avec le système familial qui fait le contexte de cet enfant. C’est elle qui détient l’histoire de la famille et de ses générations passées, ses transmissions, ses ruptures, des informations essentielles au travail thérapeutique.
C’est à travers le livre de François Goff, L’enfant, parent de ses parents, que je découvre une façon radicalement différente d’appréhender le rôle soignant d’un enfant : à savoir que l’envie de prendre soin, de s’occuper de l’autre, à n’importe quel âge, est naturelle ; non seulement cette envie est naturelle mais c’est un vrai besoin qui contribue, selon les termes de Goff, à la construction d’une identité légitime de l’enfant. Lui permettre de donner de lui à l’adulte et le reconnaître dans cette capacité l’aide à grandir et le valorise. Mais voilà, c’est là que le bât blesse : lorsque son aptitude à prendre soin de sa famille n’est pas reconnue, lorsque ses tentatives sont rejetées, dès lors il reste un sentiment de « ne jamais en faire assez » ……pour être reconnu ! Ce qui peut le conduire à porter des poids de plus en plus lourds pour son entourage, et tout au long de sa vie, avec un sentiment de « sacrifié » de la famille. C’est cette reconnaissance envers l’enfant soignant qui devient la base de mon travail, ainsi que la reconnaissance des capacités de chacun à soigner, et l’expression active de cette appréciation des membres de la famille entre eux. Chaque séance s’achève sur un remerciement à l’enfant et le/les parent/s présents pour le travail qu’ils font pour la famille, et je suis toujours touchée par le bien que cela semble faire à chacun d’entendre et de découvrir à travers nos interactions qu’il est une ressource importante du travail que nous faisons ensemble. De séance en séance, ensemble, nous mettons nos ressources dans le champ, nous tissons une nouvelle famille dans laquelle chacun devient soignant de l’autre, et soigné par l’autre. Cet engagement de tous à être là pour l’autre est la source de la transformation de tout le système familial ; en mettant en lumière, au fil de nos rencontres, les compétences, qualités et besoins de chacun la famille peut enfin se construire sur de nouvelles bases et abandonner un système de vie loyal à de vieux schémas familiaux.
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